Journal de confinement – Jour 3 – (18/03/2020) – « Frissons post-apocalyptiques pour classes moyennes supérieures, le réel pour les autres »

Image issue du film The Truman Show, de Peter Weir, 1998

Aujourd’hui, j’ai noté quelques sensations éparses, des bribes d’idées, et aussi pu noter quelques confirmations. C’est chaotique, comme les temps qui courent. Rester aux aguets, à l’affût, même dans l’atmosphère de faux calme qui règne.

Post-apocalyptique

Vu sur France Info ; un journaliste dans une rue à Paris : « C’est un peu le jour d’après ». tout l’imaginaire apocalyptique et pseudo-événementiel replié dans cette phrase. Le « jour d’après », mais quoi ? Le virus, connu depuis au moins deux mois par les autorités (cf les déclarations larmoyantes de Buzyn dans la presse) ? Le confinement total, jamais annoncé clairement par le gouvernement, et la possibilité encore de travailler (pour certains), de faire ses courses, son jogging, etc… ?

Plus sûrement, le « jour d’après » est là aussi un mythème, celui de la post-apocalypse, « le jour d’après » la révélation (c’est le sens d’apocalypse). La révélation que notre monde, encore hier, était un monde finalement en sursis, extrêmement fragile.C’est presque un aveu : l’imaginaire post-apocalyptique est tout de suite convoqué comme une évidence, car dans les replis des inconscients de l’époque, et même de ceux qui en sont les plus fervents soutiens, il y a quand même l’idée que cette société n’en a plus pour longtemps, qu’elle est déjà condamnée. L’imaginaire post-apocalyptique nous guidait déjà avant la pandémie, et il risque de durer. Nous devons nous méfiez : il autorise aussi à susciter des bandes prospérer et s’affronter dans une anomie délétère.

Plus tard, sur la même chaîne : « Il y a un côté science-fiction dans ce qui se passe aujourd’hui. » nous dit un psychiatre. Si même les psychiatres le disent du fond de leur inconscient télévisuels…

Psychologie pour et des masses de la classe moyenne supérieure en temps de crise

Il y a tout une psychiatrisation et phonologisation du confinement qui s’est développer sur les chaînes d’informations en continu – la solitude habituelle, l’isolement « normal » et quotidien de l’avant-crise, ne méritait pas un tel traitement. « Comment occuper ses enfants, comment s’occuper soi ? Quels sont les bons remèdes pour garder la tête froide et sa santé mentale ? », etc… Tout cela destiné au seul public des classes moyennes supérieures en déshérence (combien de fois m’a-t-on parler de pouvoir visiter des musées en ligne ?). Jusqu’à la fameuse question que les masses de classe moyenne psychologisées se pose de temps de crise et d’urgence ; la journaliste questionne « faut-il prévoir une pris en charge, une sorte de cellule psychologique de crise ? Oui, dit le psychiatre – j’ai relu un peu Baudrillard hier soir :

« A défaut de prévenir les catastrophes, on a inventé le « suivi psychologique », où l’on confie à des experts le contrôle névrotique des populations traumatisées. On « insonorise » mentalement le choc, en quelque sorte, comme on insonorise médiatiquement un événement en proscrivant les images, comme on isole sensoriellement les détenus dans les prisons modernes. Plus besoin de changer la vie, il suffit d’agir sur l’écran cérébral ou les terminaisons nerveuses », Cool Memories IV

Situation qui vire à la bouffonnerie quelques minutes plus tard ; question de la même journaliste : « Faut-il continuer à s’informer, à regarder les informations ? N’est-ce pas trop anxiogène ? » Le paradoxe de cette question mérite déjà, en soi, d’être souligné.

Réponse du psychiatre : « Oui, on peut, mais c’est vrai que les chaînes d’informations en continu sont anxiogènes, et provoque de grandes perturbations émotionnelles. » (???!!! – sic) Oui, c’est vrai, c’est déjà la quatrième dimension.

Question subsidiaire : l’exode urbain à l’envers de ces classes moyennes supérieures psychologisées dans leurs maisons de vacances à la campagne, n’est-il pas la forme ultime d’une sorte de « colonisation » interne, bien loin de toute les recommandations sanitaires, par ces hérauts de la mondialisation aujourd’hui en crise ? Il suffit d’inverser de faire l’hypothèse inverse pour avoir sa réponse. L’île de Ré et l’île d’Oléron affichent complet.

Confirmations du réel

Je me pose la question aussi de cette « exceptionnalisation » des personnels de santé (aussi bien du côté du pouvoir que de la grande majorité de la population, même si je ne trace pas de signe d’égalité entre eux deux), eux qui n’ont vu aucune revalorisation salariale, ni même une incitation forte pour mobiliser des effectifs et des moyens supplémentaires. N’est-ce pas la forme ultime du mépris ? Je ressens la même gêne que les jours qui ont suivi l’attentat de Charlie Hebdo, où la police avait été porté aux nues et applaudit largement ; on a vu ce que tout cela valait l’année dernière.

Et pourquoi autant d’indifférence pour les caissières ou les éboueurs par exemple – ne participent-ils pas eux aussi à l’hygiène générale ? Pourquoi les questions d’hygiène et de santé s’arrêtent-t-elles à la sortie des hôpitaux ?

Évidemment, tout ces gens montrent bien du courage. Mais il n’a pas varier avec la crise – c’était vrai avant, ce le sera après.

Enfin, quelques nouvelles « sociales » : le projet de loi « d’état d’urgence sanitaire » s’annonce très politique. Allez lire le récit qu’en tire Marianne (journal qui souffle sur bien des sujets le chaud et le froid). Possible remise en cause des 35 heures, discrétion au profit de l’employeur quant aux dates de prise des congés payés ou des RTT, etc. Pour les libertés publiques, cela me semble aussi bien flou. Une bonne part du réel de l’époque n’a pas bougé, et compte bien se radicaliser encore plus.

Peut-être demain reviendrai-je à la fiction. Le réel, trois jours, c’est déjà beaucoup. « L’information en continu, c’est anxiogène. » Oui ; mais bien plus, c’est notre réel qui l’est.

Articles :

https://www.marianne.net/politique/conges-35-heures-licenciements-la-loi-d-adaptation-au-coronavirus-va-nous-faire-basculer?utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1584541696

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